Publiéle 14/07/2022. Les origines de la Révolution française sont multiples, d'ordre social, économique et politique. Les événements de Mmede Staël. Considérations sur les principaux événemens de la Révolution française . XIXe s. NAF 17171-17173. Finistère. Documents de l'époque révolutionnaire. Département des Manuscrits Avec la collaboration de Jaroslav Stanovský Bibliothécaire et enseignant-chercheur Bibliothèque de Moravie (Brno, République Tchèque) Juillet 2022 1La publication récente des Considérations sur les principaux événements de la Révolution française1m’a donné l’idée et l’envie d’en étudier de près la composition avec ses changements de sujets, ses divers registres de langue, ses conclusions illusoires, ses interruptions et ses recommencements et, dans cette versatilité de la narration, d’essayer de déceler les raisons Laparticularité de l'historiographie de la Révolution française tient de cette conjonction. Dans cette perspective, les discours des principaux protagonistes participent d'une réflexion politique qui s'élabore peu à peu, au fil des événements, et qui écrit l'histoire aussitôt qu'elle est vécue. Quelques-uns, cependant, ont eu en Fnac: Œuvres complètes, série III, Œuvres historique, Coffret 2 volumes Tome 3, Considérations sur les principaux événements de la Révolution française, Lucia Omacini, Germaine de Staël-Holstein, Honore Champion". Livraison chez vous ou en magasin et - 5% sur tous les livres. Achetez neuf ou d'occasion. Géopolitiquede la France (Diplomatie , les grands dossiers n°44, avril-mai 2018). Les magazines publient régulièrement des hors-séries spécialisés qui sont quasiment des livres. Le dernier Diplomatie se penche ainsi sur la Géopolitique de la France, thème qui nous est cher puisque un de nous a publié un livre éponyme (voir ici et ici ). ekEH. CHAPITRE sur l’histoire de France. LES hommes ne savent guère que l’histoire de leur temps ; et l’on dirait, en lisant les déclamations de nos jours, que les huit siècles de la monarchie qui ont précédé la révolution françoise, n’ont été que des temps tranquilles, et que la nation étoit alors sur des roses. On oublie les templiers brûlés sous Philippe-le-Bel ; les triomphes des Anglois sous les Valois ; la guerre de la Jacquerie ; les assassinats du duc d’Orléans et du duc de Bourgogne ; les cruautés perfides de Louis XI ; les protestans françois condamnés a d’affreux supplices sous François Ier, pendant qu’il s’allioit lui-même aux protestans d’Allemagne ; les horreurs de la ligue surpassées toutes encore par le massacre de la Saint-Barthélemi ; les conspirations contre Henri IV, et son assassinat, œuvre effroyable des ligueurs ; les échafauds arbitraires élevés par le cardinal de Richelieu ; les dragonnades, la révocation de l’édit de Nantes, l’expulsion des protestans et la guerre des Cévennes, sous Louis XIV ; enfin les querelles plus douces, mais non moins importantes, des parlemens sous Louis XV. Des troubles sans fin se sont élevés pour obtenir la liberté telle qu’on la concevoit à différentes périodes, soit féodale, soit religieuse, enfin représentative ; et, si l’on en excepte les règnes où des monarques, tels que François Ier, et surtout Louis XIV, ont eu la dangereuse habileté d’occuper les esprits par la guerre, il ne s’est pas écoulé, pendant l’espace de huit siècles, vingt-cinq ans durant lesquels, ou les grands vassaux armés contre les rois, ou les paysans soulevés contre les seigneurs, ou les réformés se défendant contre les catholiques, ou les parlemens se prononçant contre la cour, n’aient essayé d’échapper au pouvoir arbitraire, le plus insupportable fardeau qui puisse peser sur un peuple. Les troubles civils, aussi-bien que les violences auxquelles on a eu recours pour les étouffer, attestent que les François ont lutté autant que les Anglais pour obtenir la liberté légale, qui seule peut faire jouir une nation du calme, de l’émulation et de la prospérité. Il importe de répéter à tous les partisans des droits qui reposent sur le passé, que c’est la liberté qui est ancienne, et le despotisme qui est moderne. Dans tous les états européens, fondés au commencement du moyen âge, le pouvoir des rois a été limité par celui des nobles ; les diètes en Allemagne, en Suède, en Danemark, avant sa charte de servitude, les parlemens en Angleterre, les cortès en Espagne, les corps intermédiaires de tout genre en Italie, prouvent que les peuples du Nord ont apporté avec eux des institutions qui resserroient le pouvoir dans une classe, mais qui ne favorisoient en rien le despotisme. Les Francs n’ont jamais reconnu leurs chefs pour despotes. L’on ne peut nier que, sous les deux premières races, tout ce qui avoit droit de citoyen, c’est-à-dire, les nobles, et les nobles étoient les Francs, ne participât au gouvernement. Tout le monde sait, dit M. de Boulainvilliers, qui certes n’est pas philosophe, que les François étoient des peuples libres qui se choisissoient des chefs sous le nom de rois, pour exécuter des lois qu’eux-mêmes avoient établies, ou pour les conduire à la guerre, et qu’ils n’avoient garde de considérer les rois comme des législateurs qui pouvoient tout ordonner selon leur bon plaisir. Il ne reste aucune ordonnance des deux premières races de la monarchie qui ne soit caractérisée du consentement des assemblées générales des champs de mars ou de mai ; et même aucune guerre ne se faisoit alors sans leur approbation. » La troisième race des rois françois se fonda sur le régime féodal ; les deux précédentes tenoient de plus près à la conquête. Les premiers princes de la troisième race s’intituloient Rois par la grâce de Dieu et par le consentement du peuple ; et ensuite la formule de leur serment contenoit la promesse de conserver les lois et les droits de la nation. Les rois de France, depuis saint Louis jusqu’à Louis XI, ne se sont point arrogé le droit de faire des lois sans le consentement des états généraux. Mais les querelles des trois ordres, qui ne purent jamais s’accorder, les obligèrent à recourir aux rois comme médiateurs ; et les ministres se sont servis habilement de cette nécessité, ou pour ne pas convoquer les états généraux, ou pour les rendre inutiles. Lorsque les Anglais entrèrent en France, Édouard III dit, dans sa proclamation, qu’il venoit rendre aux François leurs droits qu’on leur avoit ôtés. Les quatre meilleurs rois de France, saint Louis, Charles V, Louis XII, et surtout Henri IV, chacun suivant les idées de son siècle, ont voulu fonder l’empire des lois. Les croisades ont empêché Saint Louis de consacrer tout son temps au bien du royaume. Les guerres contre les Anglais et la captivité de Jean-le-Bon, ont absorbé d’avance les ressources que préparoit la sagesse de son fils Charles V. La malheureuse expédition d’Italie, mal commencée par Charles VIII, mal continuée par Louis XII, a privé la France d’une partie des biens que ce dernier lui destinoit ; et les ligueurs, les atroces ligueurs, étrangers et fanatiques, ont arraché au monde le roi, l’homme le meilleur, et le prince le plus grand et le plus éclairé que la France ait produit, Henri IV. Néanmoins malgré les obstacles singuliers qui ont arrêté la marche de ces quatre souverains, supérieurs de beaucoup à tous les autres, ils se sont occupés, pendant leur règne, à reconnoître des droits qui limitoient les leurs. Saint-Louis continua les affranchissemens des communes, commencés par Louis-le-Gros ; il fit des règlemens pour assurer l’indépendance et la régularité de la justice ; et, chose remarquable, lorsqu’il fut choisi par les barons anglais pour arbitre entre eux et leur monarque Henri III, il blâma les barons rebelles, mais il fut d’avis que Henri III devoit être fidèle à la charte qu’il avoit jurée. Celui qui resta prisonnier en Afrique, pour ne pas manquer à ses sermens, pouvoit-il énoncer une autre opinion ? J’aimerois mieux, disoit-il, qu’un étranger de l’extrémité de l’Europe, qu’un Écossais vînt gouverner la France, plutôt que mon fils, s’il ne devoit pas être sage et juste. » Charles V, pendant qu’il n’étoit que régent, convoqua les états généraux de 1355, les plus remarquables de l’histoire de France, par les réclamations qu’ils firent en faveur de la nation. Ce même Charles V, devenu roi, assembla les états généraux en 1369, afin d’en obtenir l’impôt des gabelles, alors établi pour la première fois ; il permit aux bourgeois de Paris d’acheter des fiefs ; mais, comme les étrangers occupoient alors une partie du royaume, l’on peut aisément concevoir que le premier intérêt d’un roi de France étoit de les repousser et cette cruelle situation fut cause que Charles V se permit d’exiger quelques impôts sans le consentement de la nation. Mais, en mourant, il déclara qu’il s’en repentoit, et reconnut qu’il n’en avoit pas eu le droit. Les troubles intérieurs, combinés avec les invasions des Anglais, rendirent pendant long-temps la marche du gouvernement très-difficile. Charles VII établit le premier les troupes de ligne ; funeste époque dans l’histoire des nations ! Louis XI, dont le nom suffit, comme celui de Néron ou de Tibère, essaya de s’arroger le pouvoir absolu. Il fit quelques pas dans la route que le cardinal de Richelieu a si bien suivie depuis ; mais il rencontra dans les parlemens une grande opposition. En général, ces corps ont donné de la consistance aux lois en France, et il n’est presque pas une de leurs remontrances où ils ne rappellent aux rois leurs engagemens envers la nation. Ce même Louis XI étoit encore bien loin cependant de se croire un roi sans limites ; et, dans l’instruction qu’il laissa en mourant à son fils Charles VIII. il lui dit Quand les rois ou les princes n’ont regard à la loi, en ce faisant, ils font leur peuple serf, et perdent le nom de roi ; car nul ne doit être appelé roi fors celui qui règne et seigneurie sur les Francs. Les Francs de nature aiment leur seigneur ; mais les serfs naturellement haïssent comme les esclaves leurs maîtres. » Tant il est vrai que, par testament du moins, les tyrans mêmes ne peuvent s’empêcher de blâmer le despotisme ! Louis XII, surnommé le Père du peuple, soumit à la décision des états généraux le mariage du comte d’Angoulême, depuis François Ier, avec sa fille Claude, et le choix de ce prince pour successeur. La continuation de la guerre d’Italie étoit impolitique ; mais, comme Louis XII diminua les impôts par l’ordre qu’il mit dans les finances, et qu’il vendit ses propres domaines pour subvenir aux dépenses de l’état, le peuple ressentit moins sous lui, qu’il n’auroit fait sous tout autre monarque, les inconvéniens de cette expédition. Dans le concile de Tours, le clergé de France, d’après les désirs de Louis XII, déclara qu’il ne devoit point une obéissance implicite au pape. Lorsque des comédiens s’avisèrent de représenter une pièce pour se moquer de la respectable avarice du roi, il ne souffrit pas qu’on les punît, et dit ces paroles remarquables Ils peuvent nous apprendre des vérités utiles. Laissons-les se divertir, pourvu qu’ils respectent l’honneur des dames. Je ne suis pas fâché que l’on sache que, sous mon règne, on a pris cette liberté impunément. » La liberté de la presse n’étoit-elle pas tout entière dans ces paroles ? Car alors la publicité du théâtre étoit bien plus grande que celle des livres. Jamais un monarque vraiment vertueux ne s’est trouvé en possession de la puissance souveraine, sans avoir désiré de modérer sa propre autorité, au lieu d’empiéter sur les droits des peuples ; les rois éclairés veulent limiter le pouvoir de leurs ministres et de leurs successeurs. Un esprit de lumière se fait toujours sentir suivant la nature des temps, dans tous les hommes d’état de premier rang, ou par leur raison, ou par leur âme. Les premiers jours du seizième siècle virent naître la réforme religieuse dans les états les plus éclairés de l’Europe en Allemagne, en Angleterre, bientôt après en France. Loin de se dissimuler que la liberté de conscience tient de près à la liberté politique, il me semble que les protestans doivent se vanter de cette analogie. Ils ont toujours été et seront toujours des amis de la liberté ; l’esprit d’examen en matière de religion, conduit nécessairement au gouvernement représentatif, en fait d’institutions politiques. La proscription de la raison sert à tous les despotismes, et seconde toutes les hypocrisies La France fut sur le point d’adopter la réformation à la même époque où elle se consolida, en Angleterre ; les plus grands seigneurs de l’état, Condé, Coligny, Rohan, Lesdiguières professèrent la foi évangélique. Les Espagnols, guidés par l’infernal génie de Philippe II, soutinrent la Ligue en France, conjointement avec Catherine de Médicis. Une femme de son caractère devoit souhaiter le pouvoir sans bornes, et Philippe II vouloit faire de sa fille une reine de France, au préjudice de Henri IV. On voit que le despotisme ne respecte pas toujours la légitimité. Les parlemens ont refusé cent édits royaux de 1562 à 1589. Néanmoins, le chancelier de l’Hôpital trouva plus d’appui pour la tolérance religieuse dans les états généraux qu’il put rassembler, que dans le parlement. Ce corps de magistrature, très-bon pour maintenir les anciennes lois, comme sont tous les corps, ne participoit pas aux lumières du temps. Des députés élus par la nation peuvent seuls s’associer à ses besoins et à ses désirs, selon chaque époque. Henri IV fut long-temps le chef des réformés ; mais il se vit enfin forcé de céder à l’opinion dominante, bien qu’elle fût celle de ses adversaires. Toutefois il montra tant de sagesse et de magnanimité pendant son règne, que le souvenir de ce peu d’années est plus récent encore pour les cœurs françois, que celui même des deux siècles qui se sont écoulés depuis. L’édit de Nantes, publié en 1598, fondoit la tolérance religieuse pour laquelle on n’a point encore cessé de lutter. Cet édit opposoit une barrière au despotisme ; car, quand le gouvernement est obligé de tenir la balance égale entre deux partis opposés, c’est un exercice continuel de raison et de justice. D’ailleurs, comment un homme tel que Henri IV eût-il désiré le pouvoir absolu ? C’étoit contre la tyrannie de Médicis et des Guise qu’il s’étoit armé ; il avoit combattu pour en délivrer la France, et sa généreuse nature lui inspiroit bien plus le besoin de l’admiration libre, que de l’obéissance servile. Sully mettoit dans les finances du royaume un ordre qui auroit pu rendre l’autorité royale tout-à-fait indépendante des peuples ; mais Henri IV ne faisoit point ce coupable usage d’une vertu, l’économie il convoqua donc l’assemblée des notables à Rouen, et voulut qu’elle fût librement élue, sans que l’influence du souverain eût part au choix de ses membres. Les troubles civils étoient encore bien récens, et l’on auroit pu se servir de ce prétexte pour remettre tous les pouvoirs entre les mains du souverain ; mais c’est dans la vraie liberté que se trouve le remède le plus efficace contre l’anarchie. Chacun sait par cœur les belles paroles de Henri IV à l’ouverture de l’assemblée. La conduite du roi fut d’accord avec son langage il se soumit aux demandes de l’assemblée, bien qu’elles fussent assez impérieuses, parce qu’il avait promis d’obtempérer aux désirs des délégués du peuple. Enfin, le même respect pour la publication de la vérité qu’avoit montré Louis XII, se trouve dans les discours que Henri IV tint à son historien Matthieu contre la flatterie. À l’époque où vivoit Henri IV, les esprits n’étoient tournés que vers la liberté religieuse ; il crut l’assurer par l’édit de Nantes mais, comme il en étoit seul l’auteur, un autre roi put défaire son ouvrage. Chose étonnante ! Grotius prédit sous Louis XIII, dans un de ses écrits, que l’édit de Nantes étant une concession et non pas un pacte réciproque, un des successeurs de Henri IV pourroit changer ce qu’il avoit établi. Si ce grand monarque avoit vécu de nos jours, il n’auroit pas voulu que le bien qu’il faisoit à la France fût précaire comme sa vie, et il auroit donné des garanties politiques à cette même tolérance, dont, après sa mort, la France fut cruellement privée. Henri IV, peu de temps avant de mourir, conçut, dit-on, la grande idée d’établir l’indépendance des divers états de l’Europe par un congrès. Mais ce qui est certain au moins, c’est que son but principal étoit de soutenir le parti des protestans en Allemagne. Le fanatisme, qui le fit assassiner, ne se trompa point sur ses véritables intentions. Ainsi périt le souverain le plus françois qui ait régné sur la France. Souvent nos rois ont tenu de leurs mères un caractère étranger ; mais Henri IV étoit en tout compatriote de ses sujets. Lorsque Louis XIII hérita de sa mère, italienne, une grande dissimulation, on ne reconnut plus le sang du père dans le fils. Qui pourroit croire que la maréchale d’Ancre ait été brûlée comme sorcière, et en présence de la même nation qui venoit, vingt ans auparavant, d’applaudir à l’édit de Nantes ? Il y a des époques où le sort de l’esprit humain dépend d’un homme ; celles-là sont malheureuses, car rien de durable ne peut se faire que par l’impulsion universelle. Le cardinal de Richelieu voulut détruire l’indépendance des grands vassaux de la couronne, et, dans ce but, il attira les nobles à Paris, afin de changer en courtisans les seigneurs des provinces. Louis XI avoit conçu la même idée ; mais la capitale, à cette époque, ne présentoit aucune séduction de société, et la cour encore moins ; plusieurs hommes d’un rare talent et d’une grande âme, d’Ossat, Mornai, Sully, s’étoient développés avec Henri IV ; mais après lui l’on ne vit bientôt plus aucun de ces grands chevaliers, dont les noms sont encore comme les traditions héroïques de l’histoire de France. Le despotisme du cardinal de Richelieu détruisit en entier l’originalité du caractère françois, sa loyauté, sa candeur, son indépendance. On a beaucoup vanté le talent du prêtre ministre, parce qu’il a maintenu la grandeur politique de la France, et sous ce rapport on ne sauroit lui refuser des talens supérieurs ; mais Henri IV atteignoit au même but, en gouvernant par des principes de justice et de vérité. Le génie se manifeste non-seulement dans le triomphe qu’on remporte, mais dans les moyens qu’on a pris pour l’obtenir. La dégradation morale, empreinte sur une nation qu’on accoutume au crime, tôt ou tard doit lui nuire plus que les succès ne l’ont servie. Le cardinal de Richelieu fit brûler comme sorcier un pauvre innocent curé, Urbain Grandier, se prêtant ainsi bassement et perfidement aux superstitions qu’il ne partageoit pas. Il fit enfermer dans sa propre maison de campagne, à Ruelle, le maréchal de Marillac qu’il haïssoit, pour le faire condamner à mort plus sûrement sous ses yeux. M. de Thou porta sa tête sur un échafaud, pour n’avoir pas dénoncé son ami. Aucun délit politique ne fut jugé légalement sous le ministère du cardinal de Richelieu, et des commissions extraordinaires furent toujours nommées pour prononcer sur le sort des victimes. Cependant, de nos jours encore, on a pu vanter un tel homme ! Il est mort à la vérité dans la plénitude de sa puissance précaution bien nécessaire aux tyrans qui veulent conserver un grand nom dans l’histoire. On peut, à quelques égards, considérer le cardinal de Richelieu comme un étranger en France ; sa qualité de prêtre, et de prêtre élevé en Italie, le sépare du véritable caractère françois. Son grand pouvoir n’en est que plus facile à expliquer, car l’histoire fournit plusieurs exemples d’étrangers qui ont dominé les François. Les individus de cette nation sont trop vifs pour s’astreindre à la persévérance qu’il faut pour être despote ; mais celui qui a cette persévérance est très-redoutable dans un pays où, la loi n’ayant jamais régné, l’on ne juge de rien que par l’événement. Le cardinal de Richelieu, en appelant les grands à Paris, les priva de leur considération dans les provinces, et créa cette influence de la capitale sur le reste de la France, qui n’a jamais cessé depuis cet instant. Une cour a nécessairement beaucoup d’ascendant sur la ville qu’elle habite, et il est commode de gouverner l’empire à l’aide d’une très-petite réunion d’hommes ; je dis commode pour le despotisme. On prétend que Richelieu a préparé les merveilles du siècle de Louis XIV, qu’on a souvent mis en parallèle avec ceux de Périclès et d’Auguste. Mais des époques analogues à ces siècles brillans se trouvent chez plusieurs nations sous diverses formes, au moment où la littérature et les beaux-arts apparoissent pour la première fois, après de longs troubles civils ou des guerres prolongées. Les grandes phases de l’esprit humain sont bien plutôt l’œuvre des temps que l’œuvre d’un homme ; car elles se ressemblent toutes entre elles, quelque différens que soient les caractères des principaux chefs contemporains. Après Richelieu, sous la minorité de Louis XIV, quelques idées politiques un peu sérieuses se mêlèrent à la frivolité de l’esprit de la Fronde. Le parlement demanda qu’aucun François ne pût être mis en prison sans être traduit devant ses juges naturels. On voulut mettre aussi des bornes au pouvoir ministériel, et quelque liberté auroit pu s’établir par haine contre Mazarin. Mais bientôt Louis XIV développa les mœurs des cours dans toute leur dangereuse splendeur ; il flatta la fierté françoise par le succès de ses armées à la guerre, et sa gravité toute espagnole éloigna de lui la familiarité des jugemens ; mais il fit descendre les nobles encore plus bas que sous le règne précédent. Car, au moins Richelieu les persécutoit, ce qui leur donnoit toujours quelque considération, tandis que sous Louis XIV ils ne pouvoient se distinguer du reste de la nation qu’en portant de plus près le joug du même maître Le roi qui a pensé que les propriétés de ses sujets lui appartenoient, et qui s’est permis tous les genres d’actes arbitraires ; enfin, le roi ose-t-on le dire, et peut-on l’oublier ! qui vint, le fouet à la main, interdire comme une offense le dernier reste de l’ombre d’un droit, les remontrances du parlement, ne respectoit que lui-même, et n’a jamais pu concevoir ce que c’étoit qu’une nation. Tous les torts qu’on a reprochés à Louis XIV sont une conséquence naturelle de la superstition de son pouvoir, dont on l’avoit imbu dès son enfance. Comment le despotisme n’entraineroit-il pas la flatterie ? et comment la flatterie ne fausseroit-elle pas les idées de toute créature humaine qui y est exposée ? Quel est l’homme de génie qui se soit entendu dire la centième partie des éloges prodigués aux rois les plus médiocres ? et cependant ces rois, par cela même qu’ils ne méritent pas qu’on leur adresse ces éloges, en sont plus facilement enivrés. Si Louis XIV fût né simple particulier, on n’auroit probablement jamais parlé de lui, parce qu’il n’avoit en rien des facultés transcendantes ; mais il entendoit bien cette dignité factice qui met l’âme des autres mal à l’aise. Henri IV s’entretenoit familièrement avec tous ses sujets, depuis la première classe jusqu’à la dernière ; Louis XIV a fondé cette étiquette exagérée qui a privé les rois de sa maison, soit en France, soit en Espagne, de toute communication franche et naturelle avec les hommes aussi ne les connut-il pas, dès que les circonstances devinrent menaçantes. Un ministre Louvois l’engagea dans une guerre sanglante, pour avoir été tourmenté par lui sur les fenêtres d’un bâtiment ; et, pendant soixante-huit années de règne, Louis XIV, bien qu’il n’eût aucun talent comme général, a pourtant fait cinquante-six ans la guerre. Le Palatinat a été ravagé ; des exécutions atroces ont eu lieu dans la Bretagne. Le bannissement de deux cent mille François protestans, les dragonnades et la guerre des Cévennes, n’égalent pas encore les horreurs réfléchies qui se trouvent dans les différentes ordonnances rendues après la révocation de l’édit de Nantes, en 1685. Le code lancé alors contre les religionnaires peut tout-à-fait se comparer aux lois de la convention contre les émigrés, et porte les mêmes caractères. L’état civil leur étoit refusé, c’est-à-dire que leurs enfans n’étoient pas considérés comme légitimes, jusqu’en 1787, que l’assemblée des notables a provoqué la justice de Louis XVI à cet égard. Non-seulement leurs biens étoient confisqués, mais ils étoient attribués à ceux qui les dénonçoient ; leurs enfans leur étoient pris de force, pour être élevés dans la religion catholique. Les ministres du culte, et ce qu’on appeloit les relaps, étoient condamnés aux galères ou à la mort ; et, comme enfin on avoit déclaré qu’il n’y avoit plus de protestans en France, on considéroit tous ceux qui l’étoient comme relaps quand il convenoit de les traiter ainsi. Des injustices de tout genre ont signalé ce règne de Louis XIV, objet de tant de madrigaux ; et personne n’a réclamé contre les abus d’une autorité qui étoit elle-même un abus continuel. Fénélon a seul osé élever sa voix ; mais c’est assez aux yeux de la postérité. Ce roi, si scrupuleux sur les dogmes religieux, ne l’étoit guère sur les bonnes mœurs, et ce n’est qu’à l’époque de ses revers qu’il a développé de véritables vertus. On ne se sent pas avec lui la moindre sympathie, jusqu’au moment où il fut malheureux ; alors une grandeur native reparut dans son âme. On vante les beaux édifices que Louis XIV a fait élever. Mais nous savons par expérience que, dans tous les pays où les députés de la nation ne défendent pas l’argent du peuple, il est aisé d’en avoir pour toute espèce de dépense. Les pyramides de Memphis ont coûté plus de travail que les embellissemens de Paris, et cependant les despotes d’Égypte disposoient facilement de leurs esclaves pour les bâtir. Attribuera-t-on aussi à Louis XIV les grands écrivains de son temps ? Il persécuta Port-Royal dont Pascal étoit le chef ; il fit mourir de chagrin Racine ; il exila Fénélon ; il s’opposa constamment aux honneurs qu’on vouloit rendre à La Fontaine, et ne professa de l’admiration que pour Boileau. La littérature, en l’exaltant avec excès, a bien plus fait pour lui qu’il n’a fait pour elle. Quelques pensions accordées aux gens de lettres n’exerceront jamais beaucoup d’influence sur les vrais talens. Le génie n’en veut qu’à la gloire, et la gloire ne jaillit que de l’opinion publique. La littérature n’a pas été moins brillante dans le siècle suivant, quoique sa tendance fût plus philosophique ; mais cette tendance même a commencé vers la fin du règne de Louis XIV. Comme il a régné plus de soixante ans, le siècle a pris son nom ; néanmoins les pensées de ce siècle ne relèvent point de lui ; et, si l’on en excepte Bossuet, qui, malheureusement pour nous et pour lui, asservit son génie au despotisme et au fanatisme, presque tous les écrivains du dix-septième siècle firent des pas très-marquans dans la route que les écrivains du dix-huitième ont depuis parcourue. Fénélon, le plus respectable des hommes, sut apprécier, dans un de ses écrits, la constitution anglaise, peu d’années après son établissement ; et, vers la fin du règne de Louis XIV, on vit de toutes parts grandir la raison humaine. Louis XIV accrut la France par les conquêtes de ses généraux ; et, comme un certain degré d’étendue est nécessaire à l’indépendance d’un état, à cet égard il mérita la reconnoissance de la nation. Mais il laissa l’intérieur du pays dans un état de désorganisation dont le régent et Louis XV n’ont cessé de souffrir pendant leur règne. À la mort de Henri IV, les finances et toutes les branches de l’administration étoient dans l’ordre le plus parfait, et la France se maintint encore pendant plusieurs années par la force qu’elle lui devoit. À la mort de Louis XIV les finances étoient épuisées à un degré tel, que jusqu’à l’avènement de Louis XVI on n’a pu les rétablir. Le peuple insulta le convoi funèbre de Louis XIV, et le parlement cassa son testament. L’excessive superstition sous laquelle il s’étoit courbé, pendant les dernières années de son règne, avoit tellement fatigué les esprits, que la licence même de la régence fut excusée, parce qu’elle les soulageoit du poids de la cour intolérante de Louis XIV. Comparez cette mort avec celle de Henri IV. Il étoit si simple bien que roi, si doux bien que guerrier, si spirituel, si gai, si sage ; il savoit si bien que se rapprocher des hommes c’est s’agrandir à leurs yeux, quand on est véritablement grand, que chaque François crut sentir au cœur le poignard qui trancha sa belle vie. Il ne faut jamais juger les despotes par les succès momentanés que la tension même du pouvoir leur fait obtenir. C’est l’état dans lequel ils laissent le pays à leur mort ou à leur chute, c’est ce qui reste de leur règne après eux, qui révèle ce qu’ils ont été. L’ascendant politique des nobles et du clergé a fini en France avec Louis XIV ; il ne les avoit fait servir qu’à sa puissance ; ils se sont trouvés après lui sans liens avec la nation même, dont l’importance s’accroissoit chaque jour. Louis XV, ou plutôt ses ministres, ont eu des disputes continuelles avec les parlemens, qui se rendoient populaires en refusant les impôts ; et les parlemens tenoient à la classe du tiers état, du moins en grande partie. Les écrivains, qui éloient pour la plupart aussi de cette classe, conquéroient par leur talent la liberté de la presse qu’on leur refusoit légalement. L’exemple de l’Angleterre agissoit chaque jour sur les esprits, et l’on ne concevoit pas bien pourquoi sept lieues de mer séparoient un pays où la nation étoit tout, d’un pays où la nation n’étoit rien. L’opinion, et le crédit, qui n’est que l’opinion appliquée aux affaires de finance, devenoient chaque jour plus essentiels. Les capitalistes ont plus d’influence à cet égard que les grands propriétaires eux-mêmes ; et les capitalistes vivent à Paris, et discutent toujours librement les intérêts publics qui touchent à leurs calculs personnels. Le caractère débile de Louis XV, et les erreurs de tout genre que ce caractère lui fit commettre, fortifièrent nécessairement l’esprit de résistance. On voyoit d’une part lord Chatham, à la tête de l’Angleterre, environné de tous les grands orateurs du parlement, qui reconnoissoient volontiers sa prééminence ; et dans le même temps, les maîtresses les plus subalternes du roi de France faisant nommer et renvoyer ses ministres. L’esprit public gouvernoit l’Angleterre ; les hasards et les intrigues les plus imprévues et les plus misérables disposoient du sort de la France. Cependant Voltaire, Montesquieu, Rousseau, Buffon, des penseurs profonds, des écrivains supérieurs, faisoient partie de cette nation ainsi gouvernée ; et comment les François n’auroient-ils pas envié l’Angleterre, puisqu’ils pouvoient se dire avec raison que c’étoit à ses institutions politiques surtout qu’elle devoit ses avantages ? Car les François comptaient parmi eux autant d’hommes de génie que leurs voisins, bien que la nature de leur gouvernement ne leur permît pas d’en tirer le même parti. Un homme d’esprit a dit avec raison que la littérature étoit l’expression de la société ; si cela est vrai, les reproches que l’on adresse aux écrivains du dix-huitième siècle doivent être dirigés contre cette société même. À cette époque, les écrivains ne cherchoient pas à flatter le gouvernement ; ainsi donc ils vouloient complaire à l’opinion ; car il est impossible que le plus grand nombre des hommes de lettres ne suive pas une de ces deux routes ils ont trop besoin d’encouragement pour fronder à la fois l’autorité et le public. La majorité des François, dans le dix-huitième siècle, vouloit la suppression du régime féodal, l’établissement des institutions anglaises, et avant tout, la tolérance religieuse. L’influence du clergé sur les affaires temporelles révoltoit universellement ; et, comme le vrai sentiment religieux est ce qui éloigne le plus des intrigues et du pouvoir, ou n’avoit plus aucune foi dans ceux qui se servoient de la religion pour influer sur les affaires de ce monde. Quelques écrivains, et Voltaire surtout, méritent d’être blâmés, pour n’avoir pas respecté le christianisme en attaquant la superstition ; mais il ne faut pas oublier les circonstances dans lesquelles Voltaire a vécu il étoit né sur la fin du siècle de Louis XIV, et les atroces injustices qu’on a fait souffrir aux protestans avoient frappé son imagination dès son enfance. Les vieilles superstitions du cardinal de Fleury, les ridicules querelles du parlement et de l’archevêque de Paris sur les billets de confession, sur les convulsionnaires, sur les jansénistes et les jésuites ; tous ces détails puérils, qui pouvoient néanmoins coûter du sang, devoient persuader à Voltaire que l’intolérance religieuse étoit encore à redouter en France. Le procès de Calas, ceux de Sirven, du chevalier de La Barre, etc., le confirmèrent dans cette crainte, et les lois civiles contre les protestans étoient encore dans l’état de barbarie où les avoit plongées la révocation de l’édit de Nantes. Je ne prétends point par-là justifier Voltaire, ni ceux des écrivains de son temps qui ont marché sur ses traces ; mais il faut avouer que les caractères irritables et tous les hommes à talent le sont éprouvent presque toujours le besoin d’attaquer le plus fort ; c’est à cela qu’on peut reconnoître l’impulsion naturelle du sang et de la verve. Nous n’avons senti, pendant la révolution, que le mal de l’incrédulité, et de l’atroce violence avec laquelle on vouloit la propager ; mais les mêmes sentimens généreux qui faisoient détester la proscription du clergé, vers la fin du dix-huitième siècle, inspiroient, cinquante ans plus tôt, la haine de son intolérance. Il faut juger les actions et les écrits d’après leur date. Nous traiterons ailleurs la grande question des dispositions religieuses de la nation françoise. Dans ce genre, comme en politique, ce n’est pas une nation de vingt-cinq millions d’hommes qu’on doit accuser ; car c’est, pour ainsi dire, quereller avec le genre humain. Mais il faut examiner pourquoi cette nation n’a pas été formée, selon le gré de quelques-uns, par d’anciennes institutions qui ont duré toutefois assez long-temps pour exercer leur influence ; il faut examiner aussi quelle est maintenant la nature des sentimens en harmonie avec le cœur des hommes car le feu sacré n’est et ne sera jamais éteint ; mais c’est au grand jour de la vérité seulement qu’il peut reparoître. Objectifs Fondées au début du XXe siècle, les Annales historiques de la Révolution française sont éditées par Armand Colin et la Société des études robespierristes, avec le soutien de l'Institut des Sciences Humaines et Sociales du CNRS et du Centre National du Livre. La revue publie des travaux et documents inédits consacrés à une période révolutionnaire entendue dans un espace et une chronologie larges, qui permettent de recouvrir l’ensemble des mouvements révolutionnaires qui ont touché le monde entre les années 1770 et la décennie 1830. Si la France est au cœur de ses préoccupations, bien d’autres territoires le sont aussi, comme en témoignent nombre de numéros spéciaux consacrés à l’Amérique du Nord, à l’Amérique latine, aux Indes ou aux divers phénomènes révolutionnaires qui ont marqué l’Europe au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. La revue publie annuellement 1 000 pages, qui se répartissent en deux numéros de varia et deux numéros spéciaux, qui ne sont pas la publication de journées d’étude mais des recueils d’articles originaux, spécialement conçus pour les AHRF. Traditionnellement, les missions de la revue sont de livrer aux lecteurs une vision pluraliste, pluridisciplinaire histoire, histoire du droit, philosophie, littérature et internationale de la recherche, par l’intermédiaire d’articles, mais aussi par des comptes rendus d’ouvrages français et étrangers environ 70 à 80 par an, par la publication des débats deux Regards croisés » par an et une politique de traduction d’articles originaux proposés par des auteurs étrangers. Chaque année, en effet, sont publiés 15 à 30 % d’articles soumis par des historiens non francophones, dont la revue assure la traduction, de manière à faciliter les échanges entre historiographies. Cette ouverture internationale, qui se poursuit avec l’indispensable soutien du Centre national du livre et de l’Institut des sciences humaines et sociales du CNRS, rend désormais les Annales historiques de la Révolution française disponibles sur CAIRN, et, depuis 2013, l’un des deux numéros spéciaux est également entièrement traduit en anglais et mis en ligne sur le site de CAIRN international. Comité de rédaction Directrice de la revue Dominique Godineau Université de Rennes II Rédacteur en chef Aurélien Lignereux Sciences Po Grenoble Secrétaires de rédaction Laurent BrassartUniversité Lille 3, Paul Chopelin Université Lyon 3, Malcolm Crook Université de Keele, Maxime Kaci Université de Besançon, Bernard Gainot Université de Paris 1, Guillaume Mazeau Université de Paris I, Éric Saunier Université du Havre Comité de lecture Gaïd Andro Université de Nantes, Marc Belissa Université Paris X, Jean-Luc Chappey, Maria Pia Donato Université de Cagliari, Pascal Dupuy Université Rouen Normandie, Marisa Linton Kingston University, Solenn Mabo Université Rennes 2, Anne de Mathan Université Normandie Caen, Karine Rance Université Blaise Pascal Clermont II, Côme Simien Université Paris 1- Panthéon Sorbonne, Valérie Sottocasa Université Toulouse-Jean Jaurès, Alexandre Tchoudinov Université de Moscou, Anne Verjus CNRS, UMR Triangle. 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You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at Title Histoire de la Révolution française, VII. Author Adolphe Thiers Release Date April 8, 2004 [EBook 11964] Language French *** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA RVOLUTION FRANAISE, VII. *** Produced by Carlo Traverso, Tonya Allen, Wilelmina Mallière and PG Distributed Proofreaders. This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France BnF/Gallica at HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE PAR M. A. THIERS TOME SEPTIÈME MDCCCXXXIX CONVENTION NATIONALE. CHAPITRE XXVI. CHAPITRE XXVII. CHAPITRE XXVIII. CHAPITRE XXIX. CHAPITRE XXX. CHAPITRE XXXI. TABLE DES CHAPITRES CONTENUS DANS LE TOME SEPTIÈME. CHAPITRE XXVI. CONTINUATION DE LA GUERRE SUR LE RHIN. PRISE DE NIMÈGUE PAR LES FRANÇAIS.—POLITIQUE EXTÉRIEURE DE LA FRANCE. PLUSIEURS PUISSANCES DEMANDENT A TRAITER.—DÉCRET D'AMNISTIE POUR LA VENDÉE.—CONQUÊTE DE LA HOLLANDE PAR PICHEGRU. PRISE D'UTRECHT, D'AMSTERDAM ET DES PRINCIPALES VILLES; OCCUPATION DES SEPT PROVINCES-UNIES. NOUVELLE ORGANISATION POLITIQUE DE LA HOLLANDE.—VICTOIRES AUX PYRÉNÉES.—FIN DE LA CAMPAGNE DE 1794.—LA PRUSSE ET PLUSIEURS AUTRES PUISSANCES COALISÉES DEMANDENT LA PAIX. PREMIÈRES NÉGOCIATIONS.—ÉTAT DE LA VENDÉE ET DE LA BRETAGNE. PUISAYE EN ANGLETERRE. MESURES DE HOCHE POUR LA PACIFICATION DE LA VENDÉE. NÉGOCIATIONS AVEC LES CHEFS VENDÉENS. Les armées françaises, maîtresses de toute la rive gauche du Rhin, et prêtes à déboucher sur la rive droite, menaçaient la Hollande et l'Allemagne fallait-il les porter en avant ou les faire entrer dans leurs cantonnemens? telle était la question qui s'offrait. Malgré leurs triomphes, malgré leur séjour dans la riche Belgique, elles étaient dans le plus grand dénuement. Le pays qu'elles occupaient, foulé pendant trois ans par d'innombrables légions, était entièrement épuisé. Aux maux de la guerre s'étaient joints ceux de l'administration française, qui avait introduit à sa suite les assignats, le maximum et les réquisitions. Des municipalités provisoires, huit administrations intermédiaires, et une administration centrale établie à Bruxelles, gouvernaient la contrée en attendant son sort définitif. Quatre-vingts millions avaient été frappés sur le clergé, les abbayes, les nobles, les corporations. Les assignats avaient été mis en circulation forcée; les prix de Lille avaient servi à déterminer le maximum dans toute la Belgique. Les denrées, les marchandises utiles aux armées étaient soumises à la réquisition. Ces règlemens n'avaient pas fait cesser la disette. Les marchands, les fermiers cachaient tout ce qu'ils possédaient; et tout manquait à l'officier comme au soldat. Levée en masse l'année précédente, équipée sur-le-champ, transportée en hâte à Hondschoote, Watignies, Landau, l'armée entière n'avait plus rien reçu de l'administration que de la poudre et des projectiles. Depuis long-temps elle ne campait plus sous toile; elle bivouaquait sous des branches d'arbre, malgré le commencement d'un hiver déjà très rigoureux. Beaucoup de soldats, manquant de souliers, s'enveloppaient les pieds avec des tresses de paille, ou se couvraient avec des nattes en place de capotes. Les officiers, payés en assignats, voyaient leurs appointemens se réduire quelquefois à huit ou dix francs effectifs par mois; ceux qui recevaient quelques secours de leurs familles n'en pouvaient guère faire usage, car tout était requis d'avance par l'administration française. Ils étaient soumis au régime du soldat, marchant à pied, portant le sac sur le dos, mangeant le pain de munition, et vivant des hasards de la guerre. L'administration semblait épuisée par l'effort extraordinaire qu'elle avait fait pour lever et armer douze cent mille hommes. La nouvelle organisation du pouvoir, faible et divisée, n'était pas propre à lui rendre le nerf et l'activité nécessaires. Ainsi tout aurait commandé de faire entrer l'armée en quartiers d'hiver, et de la récompenser de ses victoires et de ses vertus militaires par du repos et d'abondantes fournitures. Cependant nous étions devant la place de Nimègue, qui, placée sur le Wahal c'est le nom du Rhin près de son embouchure, en commandait les deux rives, et pouvait servir de tête de pont à l'ennemi pour déboucher à la campagne suivante sur la rive gauche. Il était donc important de s'emparer de cette place avant d'hiverner; mais l'attaque en était très difficile. L'armée anglaise, rangée sur la rive droite, y campait au nombre de trente-huit mille hommes; un pont de bateaux lui fournissait le moyen de communiquer avec la place et de la ravitailler. Outre ses fortifications, Nimègue était précédée par un camp retranché garni de troupes. Il aurait donc fallu, pour rendre l'investissement complet, jeter sur la rive droite une armée qui aurait eu à courir les chances du passage et d'une bataille, et qui, en cas de défaite, n'aurait eu aucun moyen de retraite. On ne pouvait donc agir que par la rive gauche, et on était réduit à attaquer le camp retranché sans un grand espoir de succès. Cependant les généraux français étaient décidés à essayer une de ces attaques brusques et hardies qui venaient de leur ouvrir en si peu de temps les places de Maëstricht et Venloo. Les coalisés, sentant l'importance de Nimègue, s'étaient réunis à Arnheim pour concerter les moyens de la défendre. Il avait été convenu qu'un corps autrichien, sous les ordres du général Wernek, passerait à la solde anglaise, et formerait la gauche du duc d'York pour la défense de la Hollande. Tandis que le duc d'York, avec ses Anglais et ses Hanovriens, resterait sur la rive droite devant le pont de Nimègue, et renouvellerait les forces de la place, le général Wernek devait tenter du côté de Wesel, fort au-dessus de Nimègue, un mouvement singulier, que les militaires expérimentés ont jugé l'un des plus absurdes que la coalition ait imaginés pendant toutes ces campagnes. Ce corps, profitant d'une île que forme le Rhin vers Buderich, devait passer sur la rive gauche, et essayer une pointe entre l'armée de Sambre-et-Meuse et celle du Nord. Ainsi vingt mille hommes allaient être jetés au-delà d'un grand fleuve entre deux armées victorieuses, de quatre-vingt à cent mille hommes chacune, pour voir quel effet ils produiraient sur elles on devait les renforcer suivant l'événement. On conçoit que ce mouvement, exécuté avec les armées coalisées réunies, pût devenir grand et décisif; mais essayé avec vingt mille hommes, il n'était qu'une tentative puérile et peut-être désastreuse pour le corps qui en serait chargé. Néanmoins, croyant sauver Nimègue par ces moyens, les coalisés firent d'une part avancer le corps de Wernek vers Buderich, et de l'autre exécuter des sorties par la garnison de Nimègue. Les Français repoussèrent les sorties, et, comme à Maëstricht et Venloo, ouvrirent la tranchée à une proximité de la place encore inusitée à la guerre. Un hasard heureux accéléra leurs travaux. Les deux extrémités de l'arc qu'ils décrivaient autour de Nimègue aboutissaient au Wahal; ils essayaient de tirer de ces extrémités sur le pont. Quelques-uns de leurs projectiles atteignirent plusieurs pontons, et mirent en péril les communications de la garnison avec l'armée anglaise. Les Anglais, qui étaient dans la place, surpris de cet événement imprévu, rétablirent les pontons, et se hâtèrent de rejoindre le gros de leur armée sur l'autre rive, abandonnant à elle-même la garnison, composée de trois mille Hollandais. A peine les républicains se furent-ils aperçus de l'évacuation, qu'ils redoublèrent le feu. Le gouverneur, épouvanté, fit part au prince d'Orange de sa position, et obtint la permission de se retirer dès qu'il jugerait le péril assez grand. A peine eut-il reçu cette autorisation, qu'il repassa le Wahal de sa personne. Le désordre se mit dans la garnison; une partie rendit les armes; une autre, ayant voulu se sauver sur un pont volant, fut arrêtée par les Français, qui coupèrent les câbles, et vint échouer dans une île où elle fut faite prisonnière. Le 18 brumaire 8 novembre, les Français entrèrent dans Nimègue, et se trouvèrent maîtres de cette place importante, grâce à leur témérité et à la terreur qu'inspiraient leurs armes. Pendant ce temps, les Autrichiens, commandés par Wernek, avaient essayé de déboucher de Wesel; mais l'impétueux Vandamme, fondant sur eux au moment où ils mettaient le pied au-delà du Rhin, les avait rejetés sur la rive droite, et ils étaient fort heureux de n'avoir pas obtenu plus de succès, car ils auraient couru la chance d'être détruits, s'ils se fussent avancés davantage. Le moment était enfin arrivé d'entrer dans les cantonnemens, puisqu'on était maître de tous les points importans sur le Rhin. Sans doute, conquérir la Hollande, s'assurer ainsi la navigation de trois grands fleuves, l'Escaut, la Meuse et le Rhin; priver l'Angleterre de sa plus puissante alliance maritime, menacer l'Allemagne sur ses flancs, interrompre les communications de nos ennemis du continent avec ceux de l'Océan, ou du moins les obliger à faire le long circuit de Hambourg; nous ouvrir enfin la plus riche contrée du monde, et la plus désirable pour nous dans l'état où se trouvait notre commerce, était un but digne d'exciter l'ambition de notre gouvernement et de nos armées; mais comment oser tenter cette conquête de la Hollande, presque impossible en tout temps, mais surtout inexécutable dans la saison des pluies? Située à l'embouchure de plusieurs fleuves, la Hollande ne consiste qu'en quelques lambeaux de terre jetés entre les eaux de ces fleuves et celles de l'Océan. Son sol, partout inférieur au lit de eaux, est sans cesse menacé par la mer, le Rhin, la Meuse, l'Escaut, et coupé en outre par de petits bras détachés des fleuves, et par une multitude de canaux artificiels. Ces bas-fonds si menacés sont couverts de jardins, de villes manufacturières et d'arsenaux. A chaque pas que veut y faire une armée, elle trouve ou de grands fleuves, dont les rives sont des digues élevées et chargées de canons, ou des bras de rivières et des canaux, tous défendus par l'art des fortifications, ou enfin des places qui sont les plus fortes de l'Europe. Ces grandes manoeuvres, qui souvent déconcertent la défense méthodique en rendant les siéges inutiles, sont donc impossibles au milieu d'un pays coupé et défendu par des lignes innombrables. Si une armée parvient cependant à vaincre tant d'obstacles et à s'avancer en Hollande, ses habitans, par un acte d'héroïsme dont ils donnèrent l'exemple sous Louis XIV, n'ont qu'à percer leurs digues, et peuvent engloutir avec leur pays l'armée assez téméraire pour y pénétrer. Il leur reste leurs vaisseaux, avec lesquels ils peuvent, comme les Athéniens, s'enfuir avec leurs principales dépouilles, et attendre des temps meilleurs, ou aller dans les Indes habiter un vaste empire qui leur appartient. Toutes ces difficultés deviennent bien plus grandes encore dans la saison des inondations, et une alliance maritime telle que celle de l'Angleterre les rend insurmontables. Il est vrai que l'esprit d'indépendance qui travaillait les Hollandais à cette époque, leur haine du stathoudérat, leur aversion contre l'Angleterre et la Prusse, la connaissance qu'ils avaient de leurs intérêts véritables, leurs ressentimens de la révolution si malheureusement étouffée en 1787, donnaient la certitude aux armées françaises d'être vivement désirées. On devait croire que les Hollandais s'opposeraient à ce qu'on perçât les digues, et qu'on ruinât le pays pour une cause qu'ils détestaient. Mais l'armée du prince d'Orange, celle du duc d'York les comprimaient encore, et réunies, elles suffisaient pour empêcher le passage des innombrables lignes qu'il fallait emporter en leur présence. Si donc une surprise était téméraire du temps de Dumouriez, elle était presque folle à la fin de 1794. Néanmoins le comité de salut public, excité par les réfugiés hollandais, songeait sérieusement à pousser une pointe au-delà du Wahal. Pichegru, presque aussi maltraité que ses soldats, qui étaient couverts de gale et de vermine, était allé à Bruxelles se faire guérir d'une maladie cutanée. Moreau et Régnier l'avaient remplacé tous deux conseillaient le repos et les quartiers d'hiver. Le général hollandais Daendels, réfugié hollandais, militaire intrépide, proposait avec instance une première tentative sur l'île de Bommel, sauf à ne pas poursuivre si cette attaque ne réussissait pas. La Meuse et le Wahal, coulant parallèlement vers la mer, se joignent un moment fort au-dessous de Nimègue, se séparent de nouveau, et se réunissent encore à Wondrichem, un peu au-dessus de Gorcum. Le terrain compris entre leurs deux bras forme ce qu'on appelle l'île de Bommel. Malgré l'avis de Moreau et Régnier, une attaque fut tentée sur cette île par trois points différens elle ne réussit pas, et fut abandonnée sur-le-champ avec une grande bonne foi, surtout de la part de Daendels, qui s'empressa d'en avouer l'impossibilité dès qu'il l'eut reconnue. Alors, c'est-à-dire vers le milieu de frimaire commencement de décembre, on donna à l'armée les quartiers d'hiver dont elle avait tant besoin, et on établit une partie des cantonnemens autour de Breda pour en former le blocus. Cette place et celle de Grave ne s'étaient pas rendues, mais le défaut de communications pendant la durée de l'hiver devait certainement les obliger à se rendre. C'est dans cette position que l'armée croyait voir s'achever la saison; et certes, elle avait assez fait pour être fière de sa gloire et de ses services. Mais un hasard presque miraculeux lui réservait de nouvelles destinées le froid, déjà très vif, augmenta bientôt au point de faire espérer que peut-être les grands fleuves seraient gelés. Pichegru quitta Bruxelles, et n'acheva pas de se faire guérir, afin d'être prêt à saisir l'occasion de nouvelles conquêtes, si la saison la lui offrait. En effet, l'hiver devint bientôt plus rude, et s'annonça comme le plus rigoureux du siècle. Déjà la Meuse et le Wahal charriaient et leurs bords étaient pris. Le 3 nivôse 23 décembre, la Meuse fut entièrement gelée, et de manière à pouvoir porter du canon. Le général Walmoden, à qui le duc d'York avait laissé le commandement en partant pour l'Angleterre, et qu'il avait condamné ainsi à n'essuyer que des désastres, se vit dans la position la plus difficile. La Meuse étant glacée, son front se trouvait découvert; et le Wahal charriant, menaçant même d'emporter tous les ponts, sa retraite était compromise. Bientôt même il apprit que le pont d'Arnheim venait d'être emporté; il se hâta de faire filer sur ses derrières ses bagages et sa grosse cavalerie, et lui-même dirigea sa retraite sur Deventer, vers les bords de l'Yssel. Pichegru, profitant de l'occasion que lui offrait la fortune de surmonter des obstacles ordinairement invincibles, se prépara à franchir la Meuse sur la glace. Il se disposa à la passer sur trois points, et à s'emparer de l'île de Bommel, tandis que la division qui bloquait Breda attaquerait les lignes qui entouraient cette place. Ces braves Français, exposés presque sans vêtemens au plus rude hiver du siècle, marchant avec des souliers auxquels il ne restait que l'empeigne, sortirent aussitôt de leurs quartiers, et renoncèrent gaiement au repos dont ils commençaient à peine à jouir. Le 8 nivôse 28 décembre, par un froid de dix-sept degrés, ils se présentèrent sur trois points, à Crèvecoeur, Empel et le fort Saint-André; ils franchirent la glace avec leur artillerie, surprirent les Hollandais, presque engourdis par le froid, et les défirent complètement. Tandis qu'ils s'emparaient de l'île de Bommel, celle de leurs divisions qui assiégeait Breda en attaqua les lignes, et les emporta. Les Hollandais, assaillis sur tous les points, se retirèrent en désordre, les uns vers le quartier-général du prince d'Orange, qui s'était toujours tenu à Gorcum, les autres à Thiel. Dans le désordre de leur retraite, ils ne songèrent pas même à défendre les passages du Wahal, qui n'était pas entièrement gelé. Pichegru, maître de l'île de Bommel, dans laquelle il avait pénétré en passant sur les glaces de la Meuse, franchit le Wahal sur différens points, mais n'osa pas s'aventurer au-delà du fleuve, la glace n'étant pas assez forte pour porter du canon. Dans cette situation, le sort de la Hollande était désespéré si la gelée continuait, et tout annonçait que le froid durerait. Le prince d'Orange avec ses Hollandais découragés à Gorcum, Walmoden avec ses Anglais en pleine retraite sur Deventer, ne pouvaient tenir contre un vainqueur formidable, qui leur était de beaucoup supérieur en forces, et qui venait d'enfoncer le centre de leur ligne. La situation politique n'était pas moins alarmante que la situation militaire. Les Hollandais, pleins d'espérance et de joie en voyant s'approcher les Français, commençaient à s'agiter. Le parti orangiste était de beaucoup trop faible pour imposer au parti républicain. Partout les ennemis de la puissance stathoudérienne lui reprochaient d'avoir aboli les libertés du pays, d'avoir enfermé ou banni les meilleurs et les plus généreux patriotes, d'avoir surtout sacrifié la Hollande à l'Angleterre, en l'entraînant dans une alliance contraire à tous ses intérêts commerciaux et maritimes. Ils se réunissaient secrètement en comités révolutionnaires, prêts à se soulever au premier signal, à destituer les autorités, et à en nommer d'autres. La province de Frise, dont les états étaient assemblés, osa déclarer qu'elle voulait se séparer du stathouder; les citoyens d'Amsterdam firent une pétition aux autorités de la province, dans laquelle ils déclaraient qu'ils étaient prêts à s'opposer à tout préparatif de défense, et qu'ils ne souffriraient jamais surtout qu'on voulût percer les digues. Dans cette situation désespérée, le stathouder songea à négocier, et adressa des envoyés au quartier-général de Pichegru, pour demander une trève, et offrir pour conditions de paix la neutralité et une indemnité des frais de la guerre. Le général français et les représentans refusèrent la trève; et, quant aux offres de paix, en référèrent aussitôt au comité de salut public. Déjà l'Espagne, menacée par Dugommier, que nous avons laissé descendant des Pyrénées, et par Moncey, qui, maître du Guipuscoa, s'avançait sur Pampelune, avait fait des propositions d'accommodement. Les représentans envoyés en Vendée, pour examiner si une pacification était possible, avaient répondu affirmativement et demandé un décret d'amnistie. Quelque secret que soit un gouvernement, toujours les négociations de ce genre transpirent elles transpirent même avec des ministres absolus, inamovibles; comment seraient-elles restées secrètes avec des comités renouvelés par quart tous les mois? On savait dans le public que la Hollande, l'Espagne, faisaient des propositions; on ajoutait que la Prusse, revenue de ses illusions, et reconnaissant la faute qu'elle avait faite de s'allier à la maison d'Autriche, demandait à traiter; on savait par tous les journaux de l'Europe qu'à la diète de Ratisbonne plusieurs états de l'Empire, fatigués d'une guerre qui les touchait peu, avaient demandé l'ouverture d'une négociation tout disposait donc les esprits à la paix; et de même qu'ils étaient revenus des idées de terreur révolutionnaire à des sentimens de clémence, ils passaient maintenant des idées de guerre à celles d'une réconciliation générale avec l'Europe. On recueillait les moindres circonstances pour en tirer des conjectures. Les malheureux enfans de Louis XVI, privés de tous leurs parens, et séparés l'un de l'autre dans la prison du Temple, avaient vu leur sort un peu amélioré depuis le 9 thermidor. Le cordonnier Simon, gardien du jeune prince, avait péri comme complice de Robespierre. On lui avait substitué trois gardiens, dont un seul changeait chaque jour, et qui montraient au jeune prince plus d'humanité. On tirait de ces changemens opérés au Temple de vastes conséquences. Le travail projeté sur les moyens de retirer les assignats donnait lieu aussi à de grandes conjectures. Les royalistes, qui se montraient déjà, et dont le nombre s'augmentait de ces incertains qui abandonnent toujours un parti qui commence à faiblir, disaient avec malice qu'on allait faire la paix. Ne pouvant plus dire aux républicains Vos armées seront battues, ce qui avait été répété trop souvent sans succès, et ce qui devenait trop niais, ils leur disaient On va les arrêter dans la victoire; la paix est signée; on n'aura pas le Rhin; la condition de la paix sera le rétablissement de Louis XVII sur le trône, la rentrée des émigrés, l'abolition des assignats, la restitution des biens nationaux. On conçoit combien de tels bruits devaient irriter les patriotes. Ceux-ci, déjà effrayés des poursuites dirigées contre eux, voyaient avec désespoir le but qu'ils avaient poursuivi avec tant d'effort, compromis par le gouvernement. A quoi destinez-vous le jeune Capet? disaient-ils; qu'allez-vous faire des assignats? Nos armées n'auront-elles versé tant de sang que pour être arrêtées au milieu de leurs victoires? n'auront-elles pas la satisfaction de donner à leur patrie la ligne du Rhin et des Alpes? L'Europe a voulu démembrer la France; la juste représaille de la France victorieuse sur l'Europe doit être de conquérir les provinces qui complètent son sol. Que va-t-on faire pour la Vendée? Va-t-on pardonner aux rebelles quand on immole les patriotes? Il vaudrait mieux, s'écria un membre de la Montagne dans un transport d'indignation, être Charette que député à la convention.» On conçoit combien tous ces sujets de division, joints à ceux que la politique intérieure fournissait déjà, devaient agiter les esprits. Le comité de salut public, se voyant pressé entre les deux partis, se crut obligé de s'expliquer il vint déclarer à deux reprises différentes, une première fois par l'organe de Carnot, une autre fois par celui de Merlin de Douai, que les armées avaient reçu ordre de poursuivre leurs triomphes, et de n'entendre les propositions de paix qu'au milieu des capitales ennemies. Les propositions de la Hollande lui parurent en effet trop tardives pour être acceptées, et il ne crut pas devoir consentir à négocier à l'instant où on allait être maître du pays. Abattre la puissance stathoudérienne, relever la république hollandaise, lui sembla digne de la république française. On s'exposa, à la vérité, à voir toutes les colonies de la Hollande et même une partie de sa marine, devenir la proie des Anglais, qui déclareraient s'en emparer au nom du stathouder; mais les considérations politiques devaient l'emporter. La France ne pouvait pas ne pas abattre le stathoudérat; cette conquête de la Hollande ajoutait au merveilleux de ses victoires, intimidait davantage l'Europe, compromettait surtout les flancs de la Prusse, obligeait cette puissance à traiter sur-le-champ, et par-dessus tout rassurait les patriotes français. En conséquence Pichegru eut ordre de ne plus s'arrêter. La Prusse, l'Empire, n'avaient encore fait aucune ouverture, et on n'eut rien à leur répondre. Quant à l'Espagne, qui promettait de reconnaître la république et de lui payer des indemnités, à condition qu'on ferait vers les Pyrénées un petit état à Louis XVII, elle fut écoutée avec mépris et indignation, et ordre fut donné aux deux généraux français de s'avancer sans relâche. Quant à la Vendée, un décret d'amnistie fut rendu il portait que tous les rebelles, sans distinction de grade, qui poseraient les armes dans l'intervalle d'un mois, ne seraient pas poursuivis pour le fait de leur insurrection. Le général Canclaux, destitué à cause de sa modération, fut replacé à la tête de l'armée dite de l'Ouest, qui comprenait la Vendée. Le jeune Hoche, qui avait déjà le commandement de l'armée des côtes de Brest, reçut en outre celui de l'armée des côtes de Cherbourg personne n'était plus capable que ces deux généraux de pacifier le pays, par le mélange de la prudence et de l'énergie. Pichegru, qui avait reçu ordre de poursuivre sa marche victorieuse, attendait que la surface du Wahal fût entièrement prise. Notre armée longeait le fleuve; elle était répandue sur ses bords vers Millingen, Nimègue, et tout le long de l'île de Bommel, dont nous étions maîtres. Walmoden, voyant que Pichegru, vers Bommel, n'avait laissé que quelques avant-postes sur la rive droite, les replia, et commença un mouvement offensif. Il proposait au prince d'Orange de se joindre à lui, pour former de leurs deux armées réunies une masse imposante, qui pût arrêter par une bataille l'ennemi qu'on ne pouvait plus contenir maintenant par la ligne des fleuves. Le prince d'Orange, tenant à ne pas découvrir la route d'Amsterdam, ne voulut jamais quitter Gorcum. Walmoden songea à se placer sur la ligne de retraite, qu'il avait tracée d'avance du Wahal à là Linge, de la Linge au Leck, du Leck à l'Yssel, par Thiel, Arnheim et Deventer. Tandis que les républicains attendaient la gelée avec la plus vive impatience, la place de Grave, défendue avec un courage héroïque par le commandant Debons, se rendit presque réduite en cendres. C'était la principale des places que les Hollandais possédaient au-delà de la Meuse, et la seule qui n'eût pas cédé à l'ascendant de nos armes. Les Français y entrèrent le 9 nivôse 29 décembre. Enfin, le 19 nivôse 8 janvier 1795, le Wahal se trouva solidement gelé. La division Souham le franchit vers Bommel; la brigade Dewinther, détachée du corps de Macdonald, le traversa vers Thiel. A Nimègue et au-dessus, le passage n'était pas aussi facile, parce que le Wahal n'était pas entièrement pris. Néanmoins le 21 10, la droite des Français le passa au-dessus de Nimègue, et Macdonald, appuyé par elle, passa à Nimègue même dans des bateaux. En voyant ce mouvement général, l'armée de Walmoden se retira. Une bataille seule aurait pu la sauver; mais dans l'état de division et de découragement où se trouvaient les coalisés, une bataille n'aurait peut-être amené qu'un désastre. Walmoden exécuta un changement de front en arrière, en se portant sur la ligne de l'Yssel, afin de gagner le Hanovre par les provinces de la terre ferme. Conformément au plan de retraite qu'il s'était tracé, il abandonna ainsi les provinces d'Utrecht et de la Gueldre aux Français. Le prince d'Orange resta vers la mer, c'est-à-dire à Gorcum. N'espérant plus rien, il abandonna son armée, se présenta aux états réunis à La Haye, leur déclara qu'il avait essayé tout ce qui était en son pouvoir pour la défense du pays, et qu'il ne lui restait plus rien à faire. Il engagea les représentans à ne pas résister davantage au vainqueur, pour ne pas amener de plus grands malheurs. Il s'embarqua aussitôt après pour l'Angleterre. Dès cet instant, les vainqueurs n'avaient plus qu'à se répandre comme un torrent dans toute la Hollande. Le 28 nivôse 17 janvier, la brigade Salm entra à Utrecht, et le général Vandamme à Arnheim. Les états de Hollande décidèrent qu'on ne résisterait plus aux Français, et que des commissaires iraient leur ouvrir les places dont ils croiraient avoir besoin pour leur sûreté. De toutes parts, les comités secrets qui s'étaient formés manifestaient leur existence, chassaient les autorités établies, et en nommaient spontanément de nouvelles. Les Français étaient reçus Les États généraux, convoqués par le roi en mai 1789, débouchent sur une crise politique. Le tiers état se constitue en Assemblée nationale et entreprend la rédaction d'une Constitution. Cela a pour conséquence la fin de la monarchie absolue, remplacée par une monarchie constitutionnelle. L'abolition des privilèges et la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen consacrent l'instauration des libertés, la fin des privilèges et la souveraineté difficultés de la monarchie constitutionnelle aboutissent à l'exécution du roi le 21 janvier 1793 et la mise en place d'une république. Afin de faire face aux menaces intérieures et extérieures, un régime politique autoritaire, la Terreur, dirigé par Robespierre, est instauré jusqu'en si la République est sauvée, elle reste fragile. Bonaparte, un général populaire, réalise un coup d'État en 1799 et installe un régime personnel. Il entreprend de nombreuses réformes afin de stabiliser le pays et revient sur certains acquis de la Révolution. En 1804, il se fait sacrer empereur et se lance dans des guerres de conquêtes qui provoquent sa chute en 1815. ALa mise en place de la monarchie constitutionnelle Les États généraux, réunis dans le but de trouver une solution au déficit budgétaire de la France, sont un échec et aboutissent à la chute de l'absolutisme Le 20 juin 1789, les députés du tiers état, rejoints par quelques députés du clergé et de la noblesse, font la promesse de rester unis jusqu'à ce qu'ils aient donné à la France une Constitution c'est le serment du Jeu de paume. Le roi Louis XVI accepte ce coup de force et demande aux deux autres ordres de rejoindre le tiers état et de former une Assemblée nationale constituante, c'est-à-dire une assemblée chargée de rédiger une Constitution. Le 9 juillet, c'est la fin de la monarchie absolue. Le 14 juillet, le peuple de Paris se révolte et prend la Bastille, symbole de la monarchie absolue. États généraux Les États généraux sont une assemblée convoquée par le roi et composée de représentants du clergé, de la noblesse et du tiers état pour résoudre une crise grave dans le royaume. Constitution La Constitution est un texte officiel qui définit l'organisation et la répartition des pouvoirs dans un pays. Jacques-Louis David, Le Serment du Jeu de Paume, 1791. Jacques-Louis David, Le Serment du Jeu de Paume, 1791, © BNF via Wikimedia Commons. En 1791, la première Constitution française est rédigée. Elle instaure une monarchie constitutionnelle Les pouvoirs sont séparés. L'assemblée a le pouvoir législatif, elle est élue au suffrage censitaire. Le roi dispose d'un pouvoir exécutif fort, il peut empêcher la parution d'une loi en opposant son droit de veto. Mais la monarchie constitutionnelle est rapidement confrontée à des difficultés. Le roi n'accepte pas le nouveau régime et cherche à s'enfuir. Il est rattrapé à Varennes en juin 1791. Suffrage censitaire Le suffrage censitaire est le droit de vote réservé aux hommes qui ont un certain niveau de richesse et paient ainsi le cens. Droit de veto Le droit de veto est le droit de s'opposer à une loi, à une décision politique, et d'en empêcher l'application. BLa République La crise politique de la monarchie constitutionnelle aboutit à la naissance de la République Le 10 août 1792, les sans-culottes parisiens envahissent le palais des Tuileries où réside le roi et l'emprisonnent. Le 22 septembre 1792, la nouvelle assemblée, la Convention, vote la fin de la monarchie et institue la Ire République. Jean Duplessis-Bertaux, La Prise des Tuileries le 10 août 1792, 1793. Jean Duplessis-Bertaux, La Prise des Tuileries le 10 août 1792, 1793, © Equendil via Wikimedia Commons. La République est rapidement menacée La Convention, malgré les oppositions entre les Montagnards et les Girondins deux groupes révolutionnaires, vote la condamnation à mort du roi qui est guillotiné le 21 janvier 1793. Cette condamnation provoque une coalition des monarchies européennes contre la France. La région de Vendée, fidèle au roi de France, se révolte contre la République. Ces arrestations entraînent la révolte des régions françaises fidèles aux Girondins, les fédérés. Le pays est ravagé par la guerre civile. Face aux menaces intérieures et extérieures, les Montagnards créent un comité de salut public. Ce comité, dirigé par Robespierre et les Montagnards, est amené à prendre des mesures exceptionnelles Les libertés sont suspendues. La loi des suspects permet d'arrêter les suspects sur une simple dénonciation. Un million d'hommes sont mobilisés dans l'armée. Ce régime s'appelle la Terreur. À la fin de l'année 1793, la République est sauvée. Les armées étrangères sont repoussées et les révoltes intérieures sont réprimées dans une très grande violence. La Terreur est stoppée en 1794 et Robespierre est exécuté. De nombreux révolutionnaires sont condamnés par le régime de la Terreur dont des proches amis de Robespierre tels Danton et Desmoulins. La Fayette, combattant de la guerre d'Indépendance des États-Unis, commandant de la Garde nationale milice citoyenne créée en 1789 est déclaré "traître à la nation" et doit s'enfuir. CLe Consulat et l'Empire La République est sauvée mais le régime reste fragile. Dans ce contexte, le 9 novembre 1799 18 brumaire selon le calendrier révolutionnaire, Bonaparte s'empare du pouvoir par un coup d'État. Il instaure un régime autoritaire, le Consulat, dans lequel il concentre l'essentiel des pouvoirs. Ce régime est approuvé par un devient consul à vie en se fait sacrer empereur le 2 décembre 1804 sous le nom de Napoléon Ier. Il supprime les libertés qui avaient déjà été diminuées sous le Consulat et se lance dans des guerres de conquêtes. Jean-Auguste-Dominique Ingres, Napoléon sur son trône impérial, 1806. Jean-Auguste-Dominique Ingres, Napoléon sur son trône impérial, 1806, © Wikipédia. Plébiscite Le plébiscite est un vote par lequel les électeurs ont à répondre à une question par oui ou par non. IILes transformations en France ALes transformations politiques En 1789, la Révolution permet le passage d'une monarchie absolue à une monarchie parlementaire. En 1792, la monarchie tombe au profit de la changements de régime ont des conséquences importantes dans l'exercice du pouvoir Jusqu'alors, le pouvoir émanait du roi qui tirait sa légitimité de son droit divin. Avec la Révolution se met en place la souveraineté nationale. Les Français ne sont plus des sujets du roi, mais des citoyens. Ils votent pour une assemblée qui les représente. Le système politique est régi par une Constitution qui répartit les pouvoirs. Les Français sont désormais en charge de la défense de la patrie, et la conscription militaire obligatoire permet le recrutement de citoyens-soldats. De nouveaux droits font leur apparition comme la liberté d'expression. Les journaux se Desmoulins, révolutionnaire proche de Danton et de Robespierre, publie le journal Les Révolutions de France et de Brabant. BLes transformations économiques et sociales Les privilèges qui fondaient la société d'ordres disparaissent En 1789, l'Assemblée nationale proclame l'égalité des droits entre les citoyens devant l'impôt et la justice. La loi s'applique de la même manière pour tous les citoyens. Ils peuvent tous accéder aux emplois publics. Seul le mérite doit distinguer les individus. Le 26 août 1789 est votée la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen qui fixe des droits et des devoirs à tous les citoyens. Le Code civil de 1804 qui fixe le droit entre les personnes confirme certains principes de 1789, mais ne remet pas en cause les rapports hiérarchiques La liberté et l'égalité de tous sont confirmées. Le droit de propriété est maintenu. Le Code favorise les employeurs au détriment des employés. Les femmes sont considérées comme inférieures aux hommes. Olympe de Gouges se lance dans un combat pour la liberté des femmes. Le Code civil © Ratte, Wikimedia Commons CLes transformations religieuses et culturelles Les rapports entre la Révolution et l'Église ont été très conflictuels. L'Église catholique a perdu beaucoup de pouvoir La liberté de culte est autorisée. Les biens de l'Église sont nationalisés, ils deviennent des biens nationaux, et les prêtres deviennent des salariés de l'État. Les prêtres qui refusent leur nouveau statut défini par la Constitution civile du clergé sont emprisonnés, ce sont les prêtres réfractaires. L'État met en place l'état civil. Il contrôle désormais l'enregistrement des naissances et des décès. Pendant la Terreur, la déchristianisation cherche à dissiper l'influence du catholicisme en France. En 1801, le Concordat permet de pacifier les rapports entre l'Église et l'État français Il maintient la liberté religieuse. Il désigne la religion catholique comme la religion de la "majorité des Français". L'enseignement n'est plus laissé à la seule charge de l'Église, et Napoléon crée les lycées. IIIUne Europe bouleversée ALes conquêtes françaises La Révolution et l'Empire aboutissent à une domination de la France sur une grande partie de l'Europe La France révolutionnaire est en guerre contre la Prusse et l'Autriche dès 1792. En 1793, après l'exécution du roi, une coalition se forme contre la France. La conscription nationale qui permet la mobilisation d'un million d'hommes pendant la Terreur permet à la France de protéger ses frontières et de conquérir de nouveaux territoires. Napoléon remporte beaucoup de victoires dans toute l'Europe. En 1811, l'empire napoléonien est formé de 130 départements. De nombreux États sont des États vassaux dirigés par des membres de la famille de Napoléon. Dès 1812, Napoléon subit un revers en Russie. En 1814, une coalition de pays européens l'oblige à abdiquer. L'Europe transformée par les conquêtes révolutionnaires et impériales en 1811 BLa diffusion des idées révolutionnaires Dans les pays dominés par la France, les idées de la Révolution se diffusent et sont en partie appliquées Des Constitutions sont rédigées. Les privilèges sont supprimés. Le servage est aboli. Le Code civil est introduit. Certains pays comme les Pays-Bas ou la Norvège continuent d'appliquer ces principes après le départ des Français. CLa naissance du sentiment national Un sentiment national, c'est-à-dire le sentiment d'appartenir à une nationalité et de devoir la défendre, apparaît dans ces pays dominés par la France. La diffusion de l'idée de souveraineté nationale fait prendre conscience aux populations que chaque peuple peut se gouverner par une armée étrangère, l'armée française, renforce la solidarité entre les membres d'une même nation. Les individus prennent conscience qu'ils appartiennent à la même nation et qu'ils doivent lutter pour révoltes éclatent contre l'occupation française en Espagne et dans les territoires de langue allemande au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Résumé - Commencée avec l’ouverture des états généraux mai 1789, la Révolution française a provoqué le renversement de la monarchie et de l’ordre social de l’Ancien Régime reposant sur trois classes distinctes dont les droits devant la loi et devant l’impôt étaient inégaux. Après une période modérée, marquée par l’abolition des privilèges et la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen août 1789, la Révolution se radicalise à partir de la fuite du roi à Varennes juin 1791 et l’entrée en guerre contre les puissances européennes avril 1792. Au lendemain de la chute de la monarchie août 1792 et de l’instauration de la République septembre 1792, la Terreur est à l’ordre du jour, mais les modérés renversent Robespierre juillet 1794, puis instaurent le Directoire octobre 1795. Lui succèdera enfin le Consulat en 1799, prélude de l'épopée napoléonienne.

considérations sur les principaux événements de la révolution française